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Fukushima : le Japon censure à la chinoise

Alors que la Chine censurait il y a quelques semaines le terme “fuite nucléaire“ sur le principal site de micro-blogging (Twitter) en Chine afin de « freiner la propagation des craintes et rumeurs » liées à la catastrophe de Fukushima et à ses rejets radioactifs (1), le Japon semble s’engager sur la même voie. 60 jours après la catastrophe de Fukushima, le Réseau "Sortir du nucléaire" s’alarme de cette situation digne des régimes les plus autoritaires, et exhorte le gouvernement nippon à communiquer de manière claire et transparente sur les conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire.
Le 6 avril, le ministère de l’Intérieur nippon a rendu publique l’injonction faite à des opérateurs télécom (internet et chaînes câblées) de supprimer de leur réseaux des informations qualifiées de « fausses rumeurs [...] contraires à la loi, à l’ordre et à la morale publique » (2). Cette mesure liberticide pour les médias internet et la liberté d’expression en général est d’autant plus choquante que l’information objective des populations, pourtant cruciale en ces heures critiques, demeure un mirage. Cette réaction coercitive trahit également le dramatique échec des autorités japonaises et de Tepco, l’exploitant de la centrale de Fukushima, à communiquer de manière claire, responsable et fiable sur la réalité de la catastrophe. Les hésitations, démentis et erreurs de calculs répétées ont achevé de jeter le discrédit sur un gouvernement et une industrie nucléaire dont les japonais mesurent chaque jour que leurs slogans rassurants n’étaient que déni et mensonges.
L’écart entre le discours des mass-médias japonais et celui des médias indépendants est pour le moins surprenant. S’expliquerait-elle par le fait que les médias indépendants, pas plus que la presse étrangère, ne sont ni conviés aux conférences officielles de Tepco, ni à celles du gouvernement nippon (3) ? Ainsi, seuls les journalistes appartenant au cénacle des grands médias nationaux ont accès à une information de première main, mais lénifiante ; presse traditionnelle fortement dépendante des 20 milliards de Yen de budget publicitaire que Tepco déverse annuellement dans le secteur audiovisuel et de la presse écrite (4)…
Certains élus locaux ainsi que des résidents de Fukushima s’accordent pour dire que la situation est sûre ; et que les médias, en attisant des craintes injustifiées, portent préjudice à l’économie de la région. De nombreux journalistes indépendants basés à Tokyo rapportent que le gouvernement minimise l’importance des fuites radioactives, et que la menace pour la santé publique a été et reste terriblement sous-estimée. Il n’est donc pas étonnant que ces dernières semaines, selon la presse japonaise, de nombreux résidents de Fukushima et ses alentours, qui avaient fui la crise nucléaire dans les premiers temps, ont commencé à rentrer à leur domicile et tentent de retrouver une activité normale. Ainsi, des journalistes qui se sont rendu dans la ville de Iwaki, à moins de 50 km de Fukushima, ont rencontré des personnes convaincues de la sûreté de l’endroit et du caractère passager de la crise nucléaire.
Notes :
(1) http://www.lematin.ma/actualite/express/Article.asp?id=148268
(2) http://www.soumu.go.jp/menu_news/s-news/01kiban08_01000023.html
(3) http://www.cpj.org/blog/2011/04/japan-discourages-freelance-online-reporting-on-nu.php
(4) http://japanfocus.org/-Makiko-Segawa/3516


Communiqué de presse du Réseau "Sortir du nucléaire", 11/05/2011. Site web : http://www.sortirdunucleaire.org