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Nucléaire : vers un suicide énergétique de l’Europe ?

Sommet européen sur l’énergie : le gouvernement français et son industrie nucléaire tentent le suicide énergétique de l’Europe.
La France, avec le concours de l’Italie et de la République Tchèque, fait pression auprès du Conseil Européen pour que l’Union Européenne intègre le développement du nucléaire en lieu et place des énergies renouvelables : il s’agirait de substituer le quota de 20 % d’énergies renouvelables en Europe en 2020 par un quota d’électricité "décarbonée", dans le futur texte des conclusions des 27 dirigeants de l’UE du Sommet sur l’énergie du 4 février prochain [i].
L’électricité "décarbonée", un subterfuge de l’industrie nucléaire :
L’électricité "décarbonée" est la dernière trouvaille de l’industrie atomique pour faire passer l’énergie nucléaire pour une énergie vertueuse, « sans CO2 ». C’est oublier que l’ensemble de la filière nucléaire génère bien des émissions de gaz à effet de serre… En revanche, les énergies renouvelables, elles, apportent une contribution effective à la lutte contre le changement climatique, ne produisent pas non plus de déchets radioactifs et n’entraînent pas de risque de prolifération et encore moins d’accident nucléaire.
Alors que les énergies renouvelables connaissent une croissance inédite en Europe, représentant près de 40 % des nouveaux outils de production électrique en 2010 [ii], le déclin du nucléaire sur notre continent est bel et bien une réalité : depuis 2004, 18 réacteurs nucléaires y ont été fermés, 1 seul a été mis en fonctionnement [iii].
L’adoption d’un objectif d’électricité "décarbonée" détournerait les subventions déjà insuffisantes destinées aux énergies renouvelables des 27 pays de l’Union Européenne vers le nucléaire, qui lui, bénéficie de subsides massifs. Tandis que l’objectif actuel de 20 % de renouvelables pour 2020 concerne tous les usages énergétiques (transport, chauffage, climatisation...), le quota d’électricité "décarbonée" restreindrait l’effort à la seule énergie électrique.
Masses ingérables de déchets nucléaires, échecs répétés à l’export du réacteur EPR, coût du kWh nucléaire supérieur à celui de l’éolien, importations d’uranium affaiblissant la sécurité énergétique de l’Europe : l’industrie nucléaire vieillissante est aux abois. Elle ne voit qu’une porte de sortie : s’emparer des financements des énergies renouvelables. Ainsi, le gouvernement français, qui a multiplié les obstacles juridiques à l’éolien (désormais classé en ICPE) et coupé le robinet financier pour étouffer le développement du solaire photovoltaïque en France, veut maintenant imposer cette stratégie à l’Europe des 27.
En tentant désespérément de sauver son industrie nucléaire, la France condamnerait l’Europe entière à un suicide énergétique. Le Réseau "Sortir du nucléaire" et son homologue italien la Rete Nazionale Antinucleare appellent les représentants des 27 au Sommet européen sur l’énergie à faire barrage au nucléaire et à sauver la filière des renouvelables, en refusant l’objectif d’électricité "décarbonée" proposé par la France, l’Italie et la République Tchèque.

[i] La phrase (en gras) que la France et la Tchéquie souhaitent inscrire au paragraphe 15 du texte de conclusion des 27 dirigeants de l’UE du Sommet du 4 février prochain : "Une attention particulière devrait être accordée à la réalisation concrète des étapes intermédiaires pour atteindre l’objectif 2050 en notant que la Commission a indiqué qu’une proportion de 2/3 de la production d’électricité devrait être à faibles émissions de carbone d’ici à 2020."
[ii] Rapport annuel 2010 de The European Wind Energy Association :http://ewea.org/fileadmin/ewea_documents/documents/statistics/EWEA_Annual_Statistics_2010.pdf
[iii] Données AIEA sur les réacteurs nucléaires : http://www.iaea.org/programmes/a2/index.html


Communiqué de presse du Réseau "Sortir du nucléaire", 03/02/2011. Site web : http://www.sortirdunucleaire.org