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Chasse : le choc des cultures

A l’heure où les scientifiques du monde entier déplorent la sixième grande disparition d’espèces, où les discours officiels se drapent de vertu écologiste, où les États et Unions d’Etats doivent imposer des quotas de pêche, où les forêts s’étiolent, les eaux s’empoisonnent, et les sols se stérilisent, perdurent quelques dizaines de milliers d’individus hantés par la rage de tuer.
Tout est prétexte, pour cette minorité tapageuse, pour torturer, exterminer, fusiller, piéger, poignarder : les traditions, la culture, les maladies prétendument véhiculées par les animaux, les dégâts aux champs et élevages.
Derrière ces prétextes grossièrement mensongers ne se cache que l’inquiétant instinct de mort affectant ces hommes qui font de leurs crimes contre Nature un loisir.
De l’échinococcose à la rage, des cormorans mangeurs de poissons aux loups croqueurs de moutons, des renards dévoreurs de poules aux grives qui ne font rien, ils inventent, tels des inquisiteurs du moyen-âge, des méfaits relevant d’un pur obscurantisme.
Ne voient-ils pas, ces ignorants des sciences naturelles, dans la minuscule belette, de soixante grammes, consommatrices d’œufs et de micro-mammifères, une dangereuse buveuse de sang !
Ne cessent-ils pas, ces agités de la mort loisir, d’exiger des pouvoirs publics toujours plus de chairs à déchiqueter au nom d’une pseudo-régulation et d’affabulations délirantes !
Trop de cervidés et d’ongulés, qu’il faut prélever, mais trop de lynx, loups et ours pour réguler les herbivores.
Trop de rats musqués et de ragondins, mais trop de prédateurs, putois et rapaces.
En fait, ces ennemis de la terre n’ont ni l’honnêteté intellectuelle, ni le courage moral d’assumer leur passion destructrice.
Quant ils tuent, ce doit être au nom d’un impératif de service public.
Pour notre part, méprisons toute hypocrisie et tout faux procès.
Ce n’est pas parce que la chasse tue quelques dizaines de bipèdes chaque année, qu’elle dérange la quiétude des randonneurs, qu’elle affecte la pérennité de telle ou telle espèce menacée que nous la condamnons.
D’autres loisirs génèrent également des accidents mortels.
La vérité, que nous assumons pleinement à l’opposé des ennemis de la terre, est qu’il s’avère, d’un point de vue éthique, intolérable de lier le plaisir d’un homme et la souffrance d’un être sensible.
La chasse, la tauromachie et leurs variantes, piégeages et autres réjouissances attentent à la dignité humaine, insultent notre intelligence en rabaissant l’homo sapiens au-dessous de la condition des autres animaux.
La France, en sa réglementation fort anachronique, comporte une liste d’espèces animales dites « nuisibles » : renard, martre, belette, putois, fouines, corneilles, pies, étourneaux, pigeons ramiers, geais y figurent entre autres.
Les chasseurs sont très attachés à la notion arriérée de « nuisibles ».
Dans la Nature, aucune espèce n’est nuisible, si ce n’est celle qui remettrait en cause la biosphère.
Le gouvernement a commandité au député Pierre Lang, élu de Moselle, très pro-chasse, un rapport sur une révision de la réglementation relative aux « nuisibles », rapport devant être remis au ministre le 30 juin prochain.
Pierre Lang fut rapporteur de nombreux projets de lois sur la chasse. C’est lui qui le 24 juin 1994 déclarait à la tribune de l’assemblée nationale, commentant une loi fixant des dates d’ouverture et de fermeture de la chasse des oiseaux migrateurs contraires au droit communautaire : « Les écologistes devront reconnaître que les chasseurs ont bien légiféré. (rires sur les bancs). Non, je voulais dire les députés ». Admirable lapsus qui en dit long sur l’esprit du député pro-chasse invité à cogiter sur la notion de « nuisibles ».
Avec un tel rapporteur, il est peu probable que la France sorte du moyen-âge écologique !
Pour ces hommes du passé, la faune n’est que de la chair à fusil. Il y a ce qui se mange et qui est « gibier » et ce qui ne se mange pas et qui devient « nuisible ».
Mais au fond, que représentent ces hommes dans la société contemporaine ?
Sociologiquement, une infime minorité, démultipliée sous les dénominations quasi-synonymes de chasseurs, éleveurs, agriculteurs, mais cette infime minorité structurée de manière pyramidale, tient l’Etat.
Face à cette situation bloquée, les citoyens de progrès des mœurs et des manières doivent adopter une attitude claire, loyale, courageuse.
La notion de « nuisible » n’a plus place dans une législation contemporaine.
Si l’homme extermine une seule espèce au nom de son profit, de ses fantasmes, de ses haines irrationnelles, il devra les exterminer toutes, car il est une loi fondamentale de la nature : toute espèce concurrence nécessairement les autres.
Ou nous acceptons cette présence du différent, toujours gênant d’une manière ou d’une autre, ou nous aseptisons la terre : le loup prélève des moutons, certes, mais l’hirondelle souille les façades, le merle picore les cerises, la guêpe et le chardon piquent.
L’humain est en passe d’anéantir la Nature et il est urgent d’opérer une rupture culturelle radicale avec une approche négationniste de la valeur intrinsèque du vivant.
Pour notre part, nous ne dialoguerons pas avec les ennemis de la terre.
Non par fanatisme, non par sectarisme, mais parce qu’il est vain de tendre un pont sur un fossé plein de sang.
La rupture est ici de civilisation.
Qu’aurait pu donner dans les siècles passés, un dialogue entre adversaires et partisans de la torture, du bûcher, de l’esclavage, du bagne, et plus récemment de la peine de mort ?
L’opposition est irréductible entre ceux qui respecte les êtres sensibles et ceux qui aiment les tuer en invoquant des prétextes ridicules sans pouvoir reconnaître qu’ils agissent par pure jouissance de donner la mort.
Sans cette mutation radicale, sans cette révolution éthique impliquant le respect des êtres sensibles, l’humanité se condamne à n’être qu’une impasse évolutive puisqu’elle aboutira prochainement à l’anéantissement de toutes les autres formes de vies.
Cela commence par les prédateurs, puis par les grands herbivores, puis par l’entomofaune, jusqu’à l’extermination finale.
Entre celui qui tue et celui qui protège, le dialogue n’est pas refusé. Il est impossible, puisque l’un et l’autre ne participent plus de la même civilisation.
Notre éthique a intégré les données de la science contemporaine. Nous savons qu’il y a une unité fondamentale du vivant et que notre espèce par la maîtrise qu’elle a acquise sur le monde, le menace désormais.


Gérard Condorcet, communiqué du C.V.N., 10/05/2009.